Le week-end passé le Climate Express a participé à Ende Gelände, une action de masse de désobéissance civile en Lausatie en Allemagne pour obtenir la fermeture de la mine de lignite de Vattenfall. Comment s’est déroulée l’action et quel sens donner à cette sorte de protestation? Voici le compte rendu d’un de nos bénévoles.

‘Ende Gelände a été différent de ce que je m’imaginais – et a été encore bien plus que ça.’

On est le mercredi 11 mai, 23h. Demain je pars à Lausitz en Allemagne afin de participer à une action massive de désobéissance civile. Nous voulons mettre la mine de lignite de Vattenfall à l’arrêt le plus longtemps possible, elle fait des dizaines d’hectares et est une des plus grandes mines d’Europe. Maintenant que le gouvernement suédois ne veut plus investir dans le charbon, l’entreprise, qui appartient entièrement à l’état, ne peut plus continuer à exploiter la mine. Mais Vattenfall veut vendre la mine au lieu de la fermer. C’est sous le slogan de « We are the investment risk » que des milliers de gens venus de treize pays européens se sont rassemblés en Allemagne, pour montrer que l’investissement ne vaut pas le coup: celui qui achète la mine, devra prendre en compte la résistance qui ne cessera d’exister. Car le lignite doit rester dans le sol. Assez c’est assez: Ende Gelände! Jusqu’ici et pas plus loin.

Je commence à faire mes bagages pour entamer la grande aventure. Ça n’avance pas trop bien, car je n’arrête de penser: « Oh mon dieu, que vais-je faire? Que vais-je faire? » Je me rends compte que c’est plus effrayant que mes autres aventures de désobéissance civile jusqu’à maintenant: la manifestation agréable jusqu’à la Tour Eiffel avec le Climate Express et l’action amusante à l’ambassade de Paris pendant le dernier week-end de la COP21. Car je m’imagine que Ende Gelände signifie de forcer les lignes de police avec le groupe, de retenir le pepperspray et –une fois passé la police- de rester très proches groupé(e)s pendant plusieurs heures dans un environnement inhospitalier, afin de bloquer les activités dans la mine, jusqu’à ce que des agents ne parlant que l’allemand viennent nous chercher. Plutôt effrayant donc.

Mais ça s’est déroulé différemment. Ende Gelände a été différent de ce que je m’imaginais – et a été encore bien plus que ça.

‘On n’est jamais seul(e) à une action comme celle-ci.’

On est jeudi, le 12 mai. J’ai trouvé un compagnon encore avant le départ du bus en direction de l’Allemagne; avant d’arriver dans le campement, on a formé un solide groupe avec quelques autres paires de compagnons. Il n’est absolument pas recommandé de participer seul(e) à une action comme celle-ci, nous a-t-on expliqué lors du débriefing dans le bus: vous avez un pote (‘buddy’) qui veille sur vous et sur lequel vous veillez. Avec ce copain, vous faites partie d’un groupe plus large qui fait l’action ensemble (‘groupe affinitaire’). Ainsi on prête attention au bien-être de tout le monde. Ce ne fût qu’un des nombreux exemples de solidarité que j’ai vécu à Ende Gelände.

Le vendredi 13 mai. Avant de partir à l’action, j’ai pu voir comment le camp climat était fort bien organisé à Proschim, le camp de base de nos actions. Il y a de belles toilettes, on peut manger chaud, il y a une équipe médicale, des stands d’information et vous pouvez être pris en charge après l’action. On y fait des briefings, on y discute, on fait des entraînements et le matériel y est distribué afin que chacun soit préparé. L’équipe juridique veille à ce que tout le monde revienne en conditions sûres et reste aux aguets pour offrir de l’aide juridique.

Et alors s’annonce le moment suprême, le vendredi 13 mai à 13h. On marche en chantant, vêtu(e)s de nos costumes blancs, à travers les champs et sous le soleil étincelant en direction du chemin de fer. C’est là que le grand groupe auquel appartient mon petit groupe affinitaire bloquera l’endroit de chargement pendant 48h, pour que le lignite ne soit plus transporté de la mine jusqu’à la centrale d’électricité. Il y aura aussi des blocages à d’autres endroits sur le chemin de fer. Et dans la mine deux énormes machines à creuser (‘diggers’) resteront ‘libérées’ pendant tout le week-end.

‘Keep it in the ground, keep it in the ground!’

“Keep it in the ground, keep it in the ground!” “On est plus chaud, plus chaud, plus chaud que le climat!” Je jouis de la force qu’émet ce groupe qui marche et qui chante. Je prends aussi garde de mon compagnon et du reste de mon groupe, et eux de moi. Mais il n’y a pas de lignes de police qui doivent être forcées. On arrive à la station de chargement sans soucis et le peu d’agents sur notre route nous laissent faire tranquillement. Il est vite clair qu’on ferait mieux de se préparer à y passer la nuit. On n’y était pas tout à fait préparé mentalement et question pratique, mais heureusement les équipes du campement nous ont aidés. On nous apporte des voiles pour fabriquer des endroits pour dormir et – eh oui – des toilettes. La nourriture est arrêtée par la police ou par Vattenfall, mais finalement ça arrive jusque chez nous. Il y aussi un blocage de solidarité qui empêche la police de venir jusque chez nous. On se blottit au chaud car la nuit promet d’être froide sur les rails.

Le samedi 14 mai. La nuit fût froide et courte, mais on reste vigiles. (L’incroyable équipe de cuisine nous a apporté un petit-déjeuner avec de la tarte !) La police nous donne l’impression pendant un instant qu’elle va se mettre en action à cause d’une partie du groupe qui occupe maintenant aussi la station de chargement, mais finalement ils n’ont pas trouvé que ça valait la peine – c’est ce qu’on entend. Et alors, vers trois heures de l’après-midi, c’est triplement la fête: parce qu’on a bloqué la station de déchargement déjà pendant 24h, alors qu’elle fonctionne normalement de jour et nuit, parce qu’un nouveau groupe vient d’arriver pour nous renforcer ét parce qu’on peut voir que la centrale d’électricité tourne à force très diminuée. Le charbon n’arrive plus jusqu’à la centrale: nos actions ont de l’effet! Vattenfall fait de la perte et ce dixième plus grand émetteur de CO2 en Europe pollue vachement moins pendant ce week-end.

Plus tard dans la journée notre groupe affiniteire quitte le chemin de fer pour retourner au campement. On n’a pas envie de repasser une telle nuit. Mais ça fait partie de la beauté d’Ende Gelände: personne n’est forcé de faire quelque chose contre son goût et on y discute toujours avec les représentants de tous les groupes affinitaires. Certaines groupes restent, d’autres retournent. Nous regrettons de partir, mais nous avons l’intention d’y aller mieux préparés la prochaine fois, de sorte que nous puissions tenir le coup jusque la fin de l’action.

À bientôt, Ende Gelände!

 

Ende Gelände a été autre que dans mes pensées. Oui, c’était fatiguant. Les rails étaient poussiéreux, durs et froids. Mais c’était tout aussi fantastique. On a chanté, dansé, crié, fait du yoga et encore bien plus. J’ai vécu une solidarité incroyable, j’ai passé du temps avec des gens fantastiques et j’ai joui de la force de ce mouvement en pleine croissance.

‘Quand j’ai vu la mine en face de moi, cette étendue de vagues noires qui semble sans fin, je me suis rendu compte que nous ne sommes pas radicaux.’

Je reviendrai certainement. Non seulement parce que c’était chouette, mais surtout parce que c’était utile. Car la force d’un mouvement en pleine croissance, c’est plus qu’une sensation. Nous n’étions pas de simples fauteurs de troubles. L’année passée 1500 personnes ont participé à Ende Gelände, cette année on était plus de 3500. Parmi ces gens il y en avait beaucoup qui ont participé pour la première fois. En une semaine, sur tous les continents et à travers 20 actions, 30.000 personnes ont participé à Break Free 2016: la plus grande action coordonnée de désobéissance civile jamais pour le climat, dont Ende Gelände ne formait qu’une partie. De plus en plus de gens sont prêts à quitter leur zone de confort et de prendre des risques pour l’avenir auquel ils croient, et je suis content d’en faire partie.

Quand j’ai vu la mine en face de moi, cette étendue de vagues noires qui semble sans fin, je me suis à nouveau rendu compte que nous ne sommes pas radicaux. Ce qui est radical c’est de continuer à détruire des villages entiers afin que la mine puisse continuer à s’étendre, de continuer à opter pour une forme d’énergie qui détruit notre planète et nos communautés, alors que les alternatives existent – ça c’est radical. Mais nous reviendrons, de plus en plus nombreux, toujours plus forts, pour stopper la destruction et marquer la limite avec nos corps: Ende Gelände, jusqu’ici et pas plus loin.

[SV]

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